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Concept fondamental

Croyance

La croyance désigne l'attitude propositionnelle élémentaire par laquelle un sujet tient une proposition pour vraie. Elle n'est ni un savoir — qui exige en outre vérité et justification — ni une simple acceptation pratique, mais l'engagement cognitif sur lequel reposent inférence, action et témoignage.

Une attitude propositionnelle

Croire, c'est croire que quelque chose est le cas. Le complément du verbe est une proposition susceptible d'être vraie ou fausse. Cette caractérisation, devenue standard avec Russell puis avec la philosophie analytique du langage, range la croyance aux côtés du désir, de l'espoir, de la crainte, du regret : autant d'attitudes propositionnelles qui prennent une proposition comme contenu, mais l'envisagent sous des modes différents.

La croyance se distingue de l'acceptation pragmatique (admettre une hypothèse pour les besoins d'un raisonnement sans la tenir pour vraie), de la supposition, et de la simple inclination. Elle se manifeste typiquement par la disposition à affirmer, à inférer et à agir conformément à son contenu.

Occurrence et disposition

On distingue les croyances occurrentes — actuellement présentes à l'esprit du sujet — et les croyances dispositionnelles — qu'il tient pour vraies sans y penser à l'instant. La majeure partie de ce qu'un sujet croit relève du second type. Cette distinction soulève la question des croyances tacites ou implicites : tient-on pour vrai un énoncé qu'on n'a jamais formulé mais qui découle d'autres croyances ? Sans hypothèse de fermeture, l'ensemble des croyances d'un sujet reste indéterminé ; avec elle, il devient improbablement vaste.

Degrés de croyance

La logique épistémique classique traite la croyance comme une attitude binaire : on croit que p, ou non. Cette modélisation peine à rendre compte de cas usuels — tenir p pour très probable, légèrement plus probable que non, ou très improbable. Le bayésianisme représente la croyance par un degré, formellement une probabilité subjective, mise à jour par conditionnalisation lorsque le sujet acquiert de nouvelles informations. Frank Ramsey, dans « Truth and Probability » (1926), pose les fondements de cette représentation.

Le modèle bayésien soulève à son tour une difficulté : comment articuler croyance graduelle et croyance pleine ? Le paradoxe de la loterie (Kyburg) montre qu'il est rationnel de tenir pour très probable de chaque billet qu'il est perdant, sans pour autant pouvoir tenir pour vraie la conjonction de ces croyances. Le bayésianisme est puissant pour la mise à jour, mais ne dispense pas d'une notion qualitative de croyance.

Croyance et action

La croyance se manifeste dans la conduite. La tradition pragmatiste — Peirce, James, Bain avant eux — caractérise la croyance par les habitudes d'action qu'elle dispose à former : croire que la pluie va tomber, c'est être disposé à prendre un parapluie. Ce fonctionnalisme de la croyance reste, sous des formes plus sophistiquées, dominant dans la philosophie de l'esprit contemporaine (Dennett, Stalnaker) : les croyances sont les états mentaux qui, conjointement aux désirs, expliquent le comportement rationnel.

Internalisme et externalisme du contenu

Quel détermine le contenu d'une croyance — ce qu'elle dit ? L'internalisme (Frege, dans une certaine lecture ; Searle) tient le contenu pour intrinsèque à l'esprit du sujet. L'externalisme, formulé par Hilary Putnam (l'expérience de pensée de la Terre-Jumelle, 1975) puis Tyler Burge, montre au contraire que deux sujets internément identiques peuvent avoir des croyances de contenu différent si leurs environnements physiques ou linguistiques diffèrent. Le contenu de la croyance dépendrait ainsi, en partie, du monde extérieur.

Le débat se prolonge naturellement vers l'épistémologie, où s'oppose l'internalisme et l'externalisme sur la justification. Les deux débats sont distincts mais souvent corrélés.

Croyance et savoir

La croyance est l'une des trois conditions de la définition tripartite de la connaissance. La condition est tenue pour nécessaire : on ne peut savoir que ce qu'on tient pour vrai. Elle a pourtant été contestée — Colin Radford, en 1966, soutient qu'un sujet incertain peut savoir sans croire formellement. La position majoritaire reste que le savoir implique la croyance, fût-elle minimale.

Croyance et témoignage

L'essentiel des croyances d'un sujet adulte provient du témoignage d'autrui plutôt que de l'observation directe. L'épistémologie sociale contemporaine en fait un objet central : à quelles conditions une croyance reçue par témoignage est-elle justifiée ? La réduction humienne (le témoignage tient sa force des inférences inductives qu'il rend disponibles) s'oppose à la position non-réductionniste de Thomas Reid, défendue dans la philosophie contemporaine par C. A. J. Coady (Testimony, 1992).